On assiste à des turbulences importantes à Québec. Le monde politique est à nouveau sur la sellette. On s’entredéchire et on se renvoie la balle. Et les journaux s’arrachent la « une ».

On discutait au cours des dernières semaines de faire les nouvelles ? Eh bien, force est de constater que la Commission Bastarache vous en donnera l’occasion. En effet, dans ce cas-ci, non seulement les avocats en seront à nouveau des acteurs importants : ils seront nécessairement aux premières loges.

Dans la mire du commissaire : la magistrature et le processus alambiqué (diront certains), ou à tout le moins nébuleux, de nomination des juges.

Ultimement, aux yeux du public, c’est l’intégrité du système dans son ensemble qui est en jeu : la confiance du justiciable envers ses procureurs, le système, la magistrature…

Alors, qu’ils le veuillent ou non, les avocats devront « prendre partie » et se positionner habilement dans le débat. Car, chaque position, chaque commentaire, pourra alimenter davantage la controverse.

Il n’est pas dit par contre que le silence ne fera guère mieux.

Bienvenue dans l’arène de la gestion de crise.

Alors que vous le vouliez ou non, comme membre du Barreau du Québec et pour certains, comme futurs candidats potentiels à la magistrature, vous êtes sur la sellette, presque tout autant que le gouvernement Charest.

On peut argumenter qu’il s’agit d’un cirque médiatique qui n’a aucune assise et qui ne mènera à rien. Encore.

Mais, aux yeux du public qui vous scrutera d’un œil perplexe, peu importe la genèse de cette commission, il n’en reste pas moins qu’il serait difficilement justifiable de ne pas participer au débat.

Participer au débat, c’est faire l’exercice consciencieux de choisir sa voie. Mais, qu’est-ce qu’on choisit de dire au juste ? Quelle est notre position quant à cette allégation de soi-disant trafic d’influence ? A-t-on une seule position ? Quelles en sont les conséquences pour la réputation de la profession ? Face à nos clients ? Que leur répondre lorsqu’eux-mêmes sont appelés à être en procès en ces temps tumultueux et lorsque, légitimement à certains égards, ils pourront se demander si le juge est un bon juge ou un juge ami ?

À ce stade-ci, une seule certitude : la position du Barreau du Québec et celle des avocats aura un impact.

On pouvait entendre certains commentaires du bâtonnier à RDI la semaine dernière réaffirmant l’intégrité du processus et l’absence de possibilités de quelconque interférence politique ultérieure. Or, la ministre de la justice, Kathleen Weil, semblait dire le contraire au cours du week-end en précisant avoir demandé conseil au premier ministre.

Dans les circonstances, que pensez-vous que le Barreau devrait faire ? Comment assurer l’intégrité de la profession selon vous dans le contexte de la future Commission Bastarache ?

Image

Mélanie Joly est avocate et associée directrice du bureau montréalais de l'agence de communication internationale Cohn&Wolfe.