Question

Bonjour Caroline,

Que ce soit via un recruteur ou avec un cabinet, on se rencontre souvent plusieurs fois avant de se dire oui mutuellement. Or, même si la question de l’argent n'est pas abordée dès le départ, elle plane tout le temps dans l'air. Le candidat peut-il en parler en premier ? Ou est-ce mal perçu? A quel moment les recruteurs abordent en général cet aspect de l'embauche?


Réponse

Bonjour cher lecteur,

Votre question attire l’attention sur un sujet très sensible : l’argent. Il s’agit sans aucun doute d’un des aspects les plus difficiles à aborder dans un processus de recrutement. Qui plus est, on ne sait pas trop à quel moment en parler, de peur d’envoyer le mauvais signal.

En Europe, par exemple, on voit d’un très mauvais œil le fait d’aborder une telle question au premier entretien avec un employeur. Par contre, aux États-Unis, on considère normal d’en parler d’entrée de jeu. Ici, c’est la zone grise, on se situe entre les deux….

À la base, disons-nous que personne n’aime perdre son temps. Par contre, il ne faut pas non plus aller trop vite en affaires. À quelque part entre les deux se trouve la solution, solution adaptée à chaque situation. Comme par exemple, on peut distinguer entre les processus qui passent par un recruteur de ceux qui sont réalisés directement par un cabinet.

Le processus avec le recruteur vise un échange plus « objectif » d’informations. Vous cherchez à connaître les paramètres de l’occasion proposée et le recruteur veut en savoir plus sur vous et vos attentes. Vous ne tentez pas de savoir s’il y a chimie, entente mutuelle, atomes crochus, si vous vous voyez travailler ensemble etc. Il s’agit d’un échange professionnel comportant moins de « sensibilités », vous devriez donc vous sentir à l’aise de parler chiffres tôt dans le processus.

Recruteur ou employeur, telle est la question...

Qu’en est-il quand vous traitez directement avec un employeur potentiel? Règle générale, les candidats se sentent beaucoup plus à l’aise d’aborder la question salariale avec l’intermédiaire qu’est le recruteur qu’avec l’employeur directement. Ça se comprend.

Quand on traite directement avec un cabinet, l’échange se veut plus « subjectif ». Il y a une coche plus personnelle et, en général, les gens se gardent une petite gêne au début. On attend un peu avant de parler sous. On apprend à se connaître, pour voir si les choses iront plus loin, avant d’échanger les informations salariales.

Lorsqu’un recruteur travaille avec des paramètres salariaux très précis, il en fera part au candidat assez tôt dans le processus. Que ce soit fourchettes salariales fixées en entreprise ou lockstep en cabinet, les barèmes existent, ils sont connus. Il n’y a pas de cachette, flexibilité ou négociation possible (ou à peu près pas). On fait donc part au candidat des informations salariales dont on dispose assez rapidement pour ne pas faire perdre le temps de qui que ce soit.

Si le recruteur ne dispose pas, en début de processus, de barèmes précis sur le salaire, n’hésitez pas à faire part de vos attentes.

C’est d’ailleurs souvent le cas en cabinet. En entreprise, les fourchettes salariales sont établies clairement en fonction du niveau de poste. En cabinet, certes, on retrouve une certaine structure salariale en début de parcours, mais c’est souvent du cas par cas, on décide selon la « méritocratie ». On fera une offre sur mesure, en fonction du candidat, en respectant tout même une certaine équité interne.

Ainsi, le degré d’importance que revêt le salaire ainsi que la zone de confort salariale devraient être abordés tôt par le candidat, à la rigueur au premier contact avec le recruteur.

Par exemple, vous êtes, somme toute, assez heureux dans votre cabinet actuel. Une seule chose pourrait vous faire bouger : un salaire plus élevé ailleurs! Le salaire s’avère LE facteur déterminant dans votre décision. Dites-le sans tarder à votre recruteur et mentionnez les chiffres que vous considéreriez sérieusement.

L'argent ne fait pas votre bonheur?

Par contre, vous êtes plus ou moins heureux et vous souhaitez quitter votre cabinet actuel. Le salaire n’est pas le premier facteur dans votre décision de quitter. Dites à votre recruteur ce que vous recherchez, mentionnez le salaire que vous seriez prêt à considérer.

De toute évidence, dans un monde idéal, on souhaite pouvoir obtenir un salaire plus élevé en changeant d’emploi. Mais selon votre situation, de l’urgence ou des motifs qui vous poussent à quitter, il se peut que vous soyez prêt à bouger pour un salaire égal, parfois même moindre. Vous prendriez une baisse de salaire de $10,000 pour réorienter votre carrière? $15,000 pour ne plus avoir à composer avec un patron caractériel? Faites part à votre recruteur, au début de vos démarches, de votre flexibilité s’il y en a une.

Je vous dirais donc, en conclusion, que parler salaire tôt en processus avec un recruteur, ce n’est pas mal perçu. Par contre, la règle à retenir quand il s’agit d’un processus direct avec l’employeur : attendez un peu, abordez la question salariale quand vous avez appris à vous connaître et que ça devient plus sérieux. Les cabinets n’aiment pas, en général, se faire poser ça comme première question.

Au plaisir.

Caroline Haney


La Question Carrière

Chaque semaine, tour à tour, les recruteurs juridiques Caroline Haney et Jean-François Théorêt répondent à une question posée par vous chers lecteurs.

La Question Carrière de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes du moment qu’elles concernent votre carrière de juriste.