Question

Je ne sais pas si ma question peut intéresser quelques lectrices mais je me demandais quelle était la meilleure stratégie pour être "bankable" sur le marché du travail lorsqu'on commence sa carrière d'avocate au début de la trentaine mais que l'on désire aussi avoir des enfants? Croyez-vous qu'il faille travailler pendant au moins 4-5 ans et gagner son expérience pour ensuite faire ses enfants après? Ou est-ce travailler un an et en avoir, n'est-il pas mal vu sur le marché puisque l'on a moins d'expérience évidemment?


Réponse

Mmm… question à cent dollars ! La réponse que personne ne veut vous donner car elle est tout sauf agréable : il n’y a malheureusement pas de « stratégie » infaillible et chacune des options vient avec ses aspects négatifs. Il y a bien sûr des employeurs modèles qui ne tiendront pas compte de cette absence momentanée mais ils ne semblent pas être légions.

Avoir des enfants affectera l’évolution ou plutôt la rapidité de l’évolution de votre carrière. Si vous décidez de ne travailler qu’un an et de quitter pour un congé de maternité, vous n’aurez pas eu beaucoup de temps pour vous faire valoir et pour gagner de la crédibilité auprès des donneurs d’ouvrage. Ils vous remplaceront simplement par un autre nouveau venu. Lors de votre retour, vous aurez à recommencer, peut-être pas complètement à zéro mais au bas de l’échelle et vous devrez regagner la confiance des avocats vous entourant. Et vous vous apercevrez peut-être qu’une personne ayant moins d’expérience sera considérée comme plus senior, se verra confier les dossiers plus intéressants et gagnera peut-être même plus d’argent que vous. Je dramatise mais c’est la triste réalité dans beaucoup de cas.

L’autre option est de travailler quelques années et d’avoir des enfants par la suite. Vous serez à ce moment plus senior et serez plus difficile à oublier en un an. Vous aurez durant cette période établi des liens avec des clients et des donneurs d’ouvrage. Vous aurez peut-être même réussi à développer une certaine clientèle. Mais ces clients doivent être servis durant votre absence et les associés qui vous donnent les dossiers doivent bien les donner à quelqu’un pour que le travail se fasse. Il arrive trop fréquemment que la ou les personnes ayant pris la relève soient peu enclins à vous redonner votre place et vos acquis à votre retour. Vous aurez souvent à batailler ferme pour retrouver la place de choix que vous occupiez auprès des clients et des donneurs d’ouvrage. Et du fait que vous ayez « perdu » (j’utilise ce mot car c’est bel et bien la vision de certains) un an au cours duquel vous auriez pu développer, vous faire voir et courtiser les associés en prévision de l’association qui vient à grands pas, il y a fort à parier que l’étude de votre candidature soit retardée.

Je me fais un peu l’avocat du diable ici car la réalité n’est pas toujours aussi sombre, heureusement. Mais tout le monde a entendu des histoires d’horreur. Sachez à quoi vous attendre et préparez-vous en conséquence. Et dites-vous qu’il n’y a pas de moment parfait. Mais n’est-ce pas comme cela pour tout chamboulement majeur ?

Au plaisir.

Jean-François Théorêt

La Question Carrière

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